Les valeurs et les principes d'action de l'organisme
1. L’acceptation des différences comme source d’enrichissement mutuel
Reconnaître l’autre dans sa singularité constitue pour nous un principe fondamental. Les différences d’origine, de culture, de couleur de peau, d’orientation sexuelle, de situation de handicap, de mode de vie, de conviction religieuse ou politique participent à la richesse humaine dès lors qu’elles s’inscrivent dans le respect de la dignité de chacun.
Au-delà des appartenances et des différences, il n’existe qu’une seule humanité. C’est dans la rencontre, la reconnaissance mutuelle et le dialogue que les différences peuvent devenir une véritable source d’enrichissement individuel et collectif.
2. La justice sociale et la recherche des équilibres
La recherche de la justice sociale constitue un principe essentiel, partout et en tout temps. Elle prend cependant une dimension particulière en Nouvelle-Calédonie, où il ne s’agit pas seulement de vivre ensemble, mais véritablement de vivre avec.
Cette exigence suppose de questionner les équilibres économiques et sociaux, la répartition des richesses et les conditions concrètes d’existence des populations. Ces réalités ont nécessairement des conséquences sur les politiques sociales, éducatives et d’accompagnement.
3. L’éducation comme responsabilité citoyenne partagée
L’éducation ne relève pas de la seule responsabilité des parents, des enseignants ou des professionnels de l’action éducative. Elle concerne chacun d’entre nous, quelle que soit notre place, notre rôle ou notre fonction dans la société.
Nous considérons ainsi l’éducation comme une responsabilité citoyenne partagée. Les difficultés rencontrées par les jeunes interrogent collectivement le monde adulte et notre capacité à prévenir, accompagner, restaurer des liens et créer les conditions de leur développement.
4. L’honnêteté intellectuelle et le refus de tricher avec soi-même et avec les autres
L’honnêteté intellectuelle constitue pour nous une exigence éthique fondamentale, particulièrement dans les relations éducatives, pédagogiques, professionnelles et humaines.
Elle implique d’assumer ses positions, ses convictions, ses actes et ses engagements, y compris lorsqu’ils peuvent déplaire. Mais elle suppose également de savoir reconnaître ses erreurs, accepter la contradiction et se remettre en question.
L’éthique ne consiste donc pas à prétendre avoir toujours raison, mais à maintenir une vigilance permanente sur ses propres pratiques et ses propres certitudes.
5. L’autre comme interlocuteur à part entière
Parce que nous lui reconnaissons une dignité et une valeur propres, l’autre demeure toujours un interlocuteur avec lequel il est possible de parler, de réfléchir et de débattre, y compris dans le désaccord.
Nous préférons ainsi penser la relation comme un art plutôt que comme une stratégie. Une relation humaine ne peut être entièrement programmée ni réduite à une succession de techniques. Elle se construit progressivement dans la rencontre, l’écoute, l’adaptation et une part nécessaire d’incertitude.
Cette conception concerne aussi bien la relation éducative que pédagogique, managériale ou professionnelle : rencontrer l’autre suppose de chercher à comprendre sa logique sans jamais prétendre la connaître totalement.
6. Une approche éthique de la résolution des conflits
L’existence d’un conflit, d’une divergence ou d’un désaccord n’est pas nécessairement le signe d’un dysfonctionnement. Dans une institution comme dans toute relation humaine, permettre l’expression des désaccords peut au contraire constituer une condition du dialogue et de la construction collective.
La véritable question porte alors sur la manière dont le conflit est traité.
La médiation peut constituer une démarche particulièrement pertinente lorsqu’elle permet de nommer les difficultés, d’expliciter les désaccords et de restaurer la possibilité d’un échange. Elle perd en revanche son sens lorsqu’elle cherche simplement à apaiser une situation sans permettre l’expression réelle de ce qui fait conflit.
Une parole apparemment bienveillante peut parfois devenir violente lorsqu’elle empêche l’autre de dire, de contester ou d’exprimer son désaccord. L’éthique relationnelle exige donc davantage que l’usage de « bonnes » formulations : elle suppose une véritable reconnaissance de la parole de l’autre.
7. La promotion et la protection des personnes les plus fragilisées
Nous accordons une attention particulière aux personnes dont la situation, l’âge ou les conditions de vie augmentent la vulnérabilité : enfants, adolescents, personnes en situation de handicap ou de précarité, personnes âgées, victimes de violences, de maltraitance, de harcèlement, d’abus ou d’exploitation.
Cette vigilance concerne également toutes les formes d’instrumentalisation des personnes fragilisées : manipulation politique ou idéologique, embrigadement religieux ou sectaire, exploitation de la précarité ou utilisation des frustrations et des difficultés sociales à des fins qui dépassent les personnes elles-mêmes.
La crise extrêmement grave qu’a connue la Nouvelle-Calédonie à partir du 13 mai 2024 ne peut, à nos yeux, être passée sous silence. Au-delà des destructions et de leurs conséquences économiques et sociales, elle a profondément éprouvé les relations humaines et le lien entre les différentes composantes de la société calédonienne. Elle a fait émerger des phénomènes de méfiance, de repli et d’intolérance, laissant des traces durables dans les rapports entre les personnes et les communautés.
L’instrumentalisation et l’exploitation des mineurs, notamment lorsque des enfants et des adolescents sont exposés, mobilisés ou embrigadés au service d’intérêts politiques, idéologiques ou collectifs qui les dépassent, constituent pour nous une atteinte particulièrement grave à leur protection et à leur dignité. Elles peuvent laisser des traces durables dans leur construction personnelle, leurs relations aux autres et leur inscription dans la société.
Cette crise nous rappelle combien les équilibres humains et sociaux demeurent fragiles et combien la prévention, l’éducation, le dialogue et la restauration des liens constituent des responsabilités collectives de long terme.
De la même manière, les réseaux sociaux constituent un espace de vigilance pour les enfants et les adolescents. Leur fonctionnement peut favoriser la diffusion rapide d’informations non vérifiées, de discours simplificateurs, mais aussi différentes formes de manipulation et d’embrigadement.
La protection des mineurs ne peut cependant se réduire à leur interdire certains usages ou à les contrôler : elle suppose de développer leur capacité à comprendre et à discerner les mécanismes d’influence auxquels ils sont exposés.
L’éducation au discernement et à l’esprit critique constitue l’un des enjeux éducatifs majeurs actuels.
Et protéger ne signifie pas décider à la place de l’autre.
Il s’agit, au contraire, de préserver sa dignité, de favoriser son autonomie et sa capacité de discernement, et de lui permettre de conserver pleinement sa place de sujet et de citoyen.
8. Considérer la difficulté comme un défi à accompagner plutôt qu’un problème à gérer
La difficulté rencontrée par un enfant ou par une personne ne constitue pas seulement une contrainte pour le professionnel. Elle représente d’abord une situation dans laquelle il convient de l’accompagner afin qu’elle puisse relever un défi, mobiliser ses ressources et retrouver des possibilités d’action.
Cette conception nous conduit à refuser les logiques d’exclusion comme réponse systématique aux difficultés.
Dans le domaine scolaire notamment, exclure un élève pour résoudre une difficulté éducative peut contribuer à renforcer le processus qui conduit précisément à son éloignement de l’institution. Une réorientation peut parfois être nécessaire ; elle doit alors être pensée et accompagnée dans une logique de continuité et de réintégration, et non d’abandon.
9. La solidarité comme modalité de la relation humaine et citoyenne
Nous nous considérons comme citoyens du monde.
La solidarité ne constitue pas seulement une valeur abstraite : elle se traduit dans notre manière d’entrer en relation avec les autres et dans notre capacité à nous mobiliser lorsque la dignité humaine est menacée.
La lutte contre le racisme, la protection des minorités, l’accueil des personnes réfugiées et la solidarité envers les populations les plus fragilisées constituent ainsi différentes expressions d’un même principe : la reconnaissance d’une communauté humaine dépassant les frontières et les appartenances particulières.
10. La laïcité au service de la liberté de conscience
La laïcité garantit la liberté de conscience et permet à chacun de croire, de ne pas croire, de douter ou de penser librement.
Elle suppose que le pouvoir public conserve une nécessaire distance vis-à-vis des organisations et convictions religieuses et qu’aucune croyance ou conception du monde — religieuse, athée, agnostique ou autre — ne soit placée institutionnellement au-dessus des autres.
Cette exigence conduit également à distinguer neutralité personnelle et distanciation fonctionnelle. Nous pouvons être tenus, dans l’exercice d’une fonction, à une position d’impartialité et de distance, sans prétendre pour autant être dépourvus de valeurs, de convictions ou de références.
11. La spiritualité comme dimension possible de la dignité humaine
Nous distinguons la spiritualité de l’appartenance religieuse. La spiritualité peut être comprise comme une recherche de sens, une interrogation sur ce qui dépasse l’existence individuelle et une ouverture à ce qui relie les êtres humains entre eux.
Elle peut trouver son origine dans une tradition religieuse, philosophique ou humaniste, sans pouvoir être réduite à aucune d’entre elles.
L’échange, le don, la solidarité et la générosité peuvent ainsi participer à cette recherche de sens. Cette conception de la spiritualité est, pour nous, incompatible avec toute forme d’emprise, de dérive sectaire ou de négation de la liberté de conscience.
12. La culture comme espace de partage et de reconnaissance
Une culture n’a pas vocation à s’enfermer sur elle-même. Elle prend toute sa dimension lorsqu’elle peut être transmise, partagée et mise en dialogue avec d’autres cultures.
Nous rejoignons ici la pensée de Jean-Marie Tjibaou, pour qui la rencontre entre les cultures suppose d’abord la reconnaissance explicite de la personnalité et de l’identité de chacun.
Pour autant, aucune pratique ne peut être considérée comme légitime au seul motif qu’elle serait culturelle. Toute culture doit également pouvoir être interrogée lorsqu’une pratique entre en contradiction avec la dignité humaine ou les droits fondamentaux.
Le dialogue interculturel ne consiste donc ni à nier les différences ni à les sacraliser, mais à rechercher la part d’universel susceptible d’être partagée.
13. Nous ne sommes jamais totalement neutres idéologiquement
Nous pouvons rechercher l’impartialité dans l’exercice d’une fonction : lors d’une médiation, d’un entretien, d’une réunion ou d’une formation, par exemple. Une forme de neutralité fonctionnelle est alors non seulement possible, mais souvent nécessaire.
Il serait en revanche illusoire de penser que nous pourrions être totalement dépourvus de représentations, de valeurs, d’expériences ou de références idéologiques.
Prendre conscience de ses propres cadres de pensée permet précisément de mieux s’en distancier. Pour un formateur, un éducateur ou un professionnel de l’accompagnement, cette réflexivité constitue une véritable exigence : mieux identifier ce qui influence notre regard afin de ne pas le confondre avec une vérité universelle.
14. Le questionnement permanent des concepts
Les champs éducatif, social, médico-social et managérial voient régulièrement apparaître de nouveaux termes présentés comme des innovations : « communication bienveillante », « inclusion », « empowerment », « intelligence collective » et bien d’autres.
Les mots peuvent être utiles, mais ils peuvent également devenir des formules à la mode lorsqu’ils sont utilisés sans véritable travail conceptuel.
Ainsi, derrière certaines notions présentées comme nouvelles se trouvent parfois des travaux théoriques anciens et solidement établis. De même, un concept comme celui d’inclusion ne prend véritablement sens que s’il est distingué et articulé avec ceux d’insertion, d’intégration, d’exclusion ou de participation.
Notre démarche consiste donc à interroger les mots, leurs origines, leurs usages et les concepts qu’ils recouvrent, plutôt qu’à adopter des formulations parce qu’elles sont momentanément séduisantes.
Cette vigilance conceptuelle est une condition de la rigueur intellectuelle et professionnelle.
